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12/10/2015

Les murs de séparation

Regard chrétien d'octobre

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Une excellente interview de France Culture dans les Enjeux Internationaux évoquait les murs.

Élisabeth Vallet, de l’université du Québec, travaille sur la question des murs de séparations entre deux pays, deux peuples, deux quartiers. Faisons d’abord le point.

Ces murs peuvent être en bétons, en barbelés comme le rideaux de fer, et même de sable comme celui du Sahara. Quelque soit la matière, il sont là pour établir un point de blocage, une barrière.

On assiste depuis deux décennies à une accélération galopante dans la construction des murs. Beaucoup de frontières ont tendance à se refermer. Savez-vous qu’y a actuellement 65 murs prévus ou déjà construits pour une longueur de 40 000 km.

La tendance qui se dessine maintenant est à la fortification de frontières déjà existantes. On bloque des points de passages, on ajoute des éléments, des forces militaires et aussi toute une technologie plus sophistiquée comme des capteurs, le recourt à la biométrie, etc… Les murs deviennent discontinus et technologiques.

Plus les frontières se ferment, plus elles se compliquent et plus il faut faire appel à des passeurs professionnels. Ceux-ci sont malheureusement organisés en structures mafieuses, voire criminelles. Voilà où nous en sommes.

Mais on voit bien que plus on a voulu faire tomber les frontières, plus elles se multiplient. La chancelière allemande elle-même est tombée dans le piège. Après avoir ouvert tout grand les bras de l’Allemagne aux réfugiés, dépassée par le nombre, elle a établit illico des postes de contrôle au mépris des accords européens.

Comme toujours, écoutons la Parole de Dieu. Dès la Genèse, Dieu établit des limites. Il sépare la lumière et les ténèbres et définit ainsi le jour et la nuit, il sépare la terre et les eaux. En établissant des limites, Dieu définit. Je crois que c’est exactement ce dont nous avons besoin. De limites et de définitions claires.

Nous savons bien que toute éducation doit poser des limites. Ce sont ces limites qui permettent le développement des enfants. Les rôles, celui de l’éducateur et celui de l’enfant doivent aussi être clairement définis.

C’est de se manque de définitions claires dont nous souffrons, nous, peuples européens. A force de rêver un monde sans frontières, nous avons favorisé les murs de séparations. On voit bien comment l’Europe rêvée n’arrive pas à prendre une décision commune, faute de définition claire. Nous voulons être tout pour tout le monde, quelle utopie. En fait, nous ne savons plus qui nous sommes vraiment…

Si les murs finissent toujours par tomber, le mur de Berlin n’a pas duré un demi siècle ! Les limites, elles, sont faites pour être consciemment franchies. Elles permettent alors des échanges fructueux. Puissions-nous nous définir beaucoup plus clairement !

01/09/2015

Le jardin de curé

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Et voilà le retour des petites chroniques de regard chrétien !

En cette période de rentrée et pour recommencer l’année en douceur, J’ai choisi de vous parler de jardins. Ce sujet plus léger nous permettra de ne pas quitter tout de suite l’esprit des vacances…

En fait, tout est venu d’une réflexion que l’on a faite sur mon jardin : « Oh, c’est un jardin de curé ! ». Jusqu’à présent, je n’avais pas du tout l’impression que c’était un jardin de curé, je n’ai même pas de potager… Que se cache-t-il donc sous cette expression ?

Alors, je me suis posé la question, et j’ai cherché. Au départ, c’est dans la mouvance du concile de Trente, que sont nés les jardins de curé. En effet, ce type de jardin était considéré comme très adapté à l’état clérical. En général, c’est un jardin clos, jouxtant le presbytère, qui contient dans des espaces bien délimités par des allées de terre un joyeux mélange de légumes, de fleurs et de fruits en espalier. Ce jardin permettait de nourrir tous ceux qui vivaient à la cure : le curé, sa bonne et souvent un membre de sa famille. Il garantissait également de beaux bouquets pour l’église et était le lieu idéal pour réciter le bréviaire, méditer et prier. Le délassement que procurait le jardin était non seulement permis mais aussi vivement conseillé aux prêtres qui devenaient ainsi des modèles vertueux pour leurs paroissiens.

Certains curés se sont si bien pris au jeu qu’ils sont devenus des experts en botanique et en jardinage.

Actuellement, cette appellation «  jardin de curé » réveille plutôt une certaine nostalgie.

C’est toujours un jardin clos. Il contient peu de gazon, le potager recueille tous les soins du jardinier alors que les fleurs se ressemant toutes seules poussent où bon leur semble. On peut remarquer que cette façon de faire entraîne une biodiversité qui protège les variétés et réduit considérablement la nécessité de recourir à des produits chimiques. Le jardin de curé  redevient donc très tendance, dans la droite ligne des préoccupations écologiques de notre pape François.

Mais surtout, il est le lieu du contact profond avec la création, du ressourcement, du silence et c’est ce qui réveille notre nostalgie, celle du paradis perdu de notre enfance. La Bible qui utilise très souvent l’image du jardin depuis le jardin d’Éden jusqu’au jardin du sépulcre nous invite à creuser cette méditation.

Alors, en cette période de rentrée et puisque les jardins sont si importants dans la bible, n’oubliez pas de cultiver le vôtre ! Celui dehors qui contient des légumes et des fleurs, même s’il se résume à une jardinière mais surtout, n’oubliez pas de cultiver le jardin intérieur de votre âme. Il mérite tous nos soins, toute notre attention, tout notre recueillement et il convient également de dire comme dans la célèbre émission de jardinage : « Silence, ça pousse ! »

13/07/2015

Sainte Thérèse d'Avila

Regard chrétien de juin

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Je viens de terminer l’excellent livre de Catherine Delamarre sur Thérèse d’Avila. Eh oui, nous fêtons cette année les cinq cents ans de naissance de Sainte Thérèse d’Avila. Le livre s’intitule l’oratoire et la forteresse. L’auteur, Catherine Delamarre, est spécialiste de civilisation espagnole et a fait un grand et long travail de documentation.  

Elle montre la vie de Sainte Thérèse étroitement liée à celle de ses sept frères et c’est là que réside le  grand intérêt du livre. Les frères de Sainte Thérèse sont partis d’Espagne comme conquistadors, c’est à dire à la conquête du nouveau monde (Pérou, Chili) Ces conquistadors partaient pour évangéliser bien sûr mais ont aussi bâtit un incroyable empire colonial, exploitant les mines d’or et de pierres précieuses. Sainte Thérèse elle même profitera de l’argent envoyé par un de ses frères pour une de ses fondations. Malheureusement, cinq de ses frères mourront là-bas, au combat.

C’est en examinant les lettres de sainte Thérèse que Catherine Delamarre a eu l’idée d’associer aussi étroitement la biographie de la sainte avec celle de ses frères. En effet, Thérèse partage leurs combats, leurs difficultés mais aussi leurs victoires, leurs conquêtes. Tout chez Sainte Thérèse sera transposé dans le monde intérieur. La vie de ses frères trouvera écho dans le combat spirituel, la conquête de nouvelles âmes au Christ et la fondation de monastères.

Ce qu’on sait moins, et que le livre retrace, c’est que Sainte Thérèse a vécu une véritable ascension sociale, fréquentant l’aristocratie de l’époque, cultivant des amitiés précieuses qui lui permettront d’assoir ses nombreuses fondations. Néanmoins, elle n’oublie pas les plus pauvres, s’occupe elle-même des malades à l’infirmerie.

Le livre rend avec finesse les états d’âme de Thérèse, ses questionnements, ses doutes. On y voit aussi Sainte Thérèse en grand écrivain, ayant composé de nombreux ouvrages, pour l’édification de ses sœurs et répondant à d’innombrables lettres.

Le livre de Catherine Delamarre est extrêmement bien documenté et très fouillé. Il en fait un ouvrage de tout premier plan dans la connaissance de sainte Thérèse. J’ai beaucoup aimé la présentation en chapitres très courts, plus de 150, précis, agréables à lire faisant le point sur un personnage, une situation, et nous replaçant avec élégance et vivacité à l’époque concernée. Cela se lit comme un roman parce que la vie de Sainte Thérèse est un roman !

Il nous restitue une femme dynamique, opiniâtre, dans toute son humanité comme dans toute sa sainteté. 

30/05/2015

Le Pape François et l’engagement politique.

Regard chrétien de mai

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Jeudi 30 avril, devant des milliers de laïcs italiens du mouvement ignacien CVX réunis en congrès, le pape François a rappelé qu’il appartenait aux catholiques de s’engager en politique.

Comme il a eu raison ! Voilà ce qu’il a dit : « Faire de la politique est important, la petite comme la grande ! On peut devenir saint en faisant de la politique. »

Il a rappelé que de nombreux catholiques ont fait une politique belle et propre, une politique de service.  C’est notamment le cas des fondateurs de l’Europe, Robert Schuman, dont le procès en béatification est en cours et Alcide De Gasperi. Mais c’est aussi le cas de beaucoup de personnes qui ont accepté de donner de leur temps, de leur énergie au service des autres en supportant vaillamment tous les désagréments de leurs fonctions électives. C’est ce que le pape appelle, avec son bon sens coutumier, la petite et la grande politique. Il souligne que c’est « chercher le bien commun dans les petites choses »

Bien sûr, et il fallait le rappeler, il n’est pas question de « fonder un parti catholique » parce que l’Eglise n’est pas un parti politique. Il y a en effet différentes façons pratiques d’incarner les valeurs du christianisme et aucun parti ne peut prétendre seul à les défendre.

Tous les derniers papes ont défendu l’engagement politique, mais le pape François le fait à sa manière, avec le réalisme qui lui est propre. Il n’en fait pas un idéal abstrait. Non, il reconnaît que c’est un engagement difficile dans un milieu rude et souvent corrompu.

Il dit de cet engagement : « une sorte de martyre, un martyre quotidien : celui de la recherche du bien commun, sans se laisser corrompre, (…) à travers des petites choses, des choses minuscules, petit à petit ».

La tentation de se préserver du péché a longtemps prévalu dans l’Eglise. Saint Hilaire de Poitiers, dans son commentaire du premier psaume dit en parlant de ceux qui exercent une fonction publique : « Bien qu’ils mettent un soin scrupuleux à accomplir leurs devoirs et se montrent bienveillants et respectueux, ils sont nécessairement contaminés par une sorte de contact malsain avec les questions qu’ils traitent. »

Le pape est bien conscient de la difficulté de prendre des décisions politiques justes, il est bien conscient que la peur de se tromper nous paralyse. Avec son solide sens de l’action et de l’incarnation, il nous recommande : « Allez-y, demandez au Seigneur de vous aider à ne pas pécher, et si vous avez les mains sales, demandez pardon et allez de l’avant. Mais faites, faites… »

On reconnaît bien là la manière du notre pape, aucun acte que nous posons ne peut être complètement pur, mais notre action, en temps que chrétien, dans les temps troublés où nous sommes, est indispensable au bien commun.

11/04/2015

Que faire face à la complexité ?

Regard chrétien de mars

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Face à la complexité croissante des situations qui nous entourent, nous avons de plus en plus de mal à saisir la réalité des phénomènes.

Que ce soit au niveau économique où les intérêts sont tellement imbriqués les uns dans les autres qu’il est très difficile d’avoir une vision d’ensemble claire ; que ce soit pour appréhender les phénomènes climatiques ; ou que soit pour aborder les processus industriels. Quel que soient le domaine abordé, nous ne savons pas comment comprendre les choses, nous ne savons en général pas qui croire.

La première constatation que je pourrais faire, c’est qu’on demande rarement l’avis des personnes réellement compétentes pour analyser la situation.  On nomme partout des experts mais ont s’aperçoit rapidement qu’ils sont comme parachutés et peu formés à la réalité du terrain ayant une vision déjà faite et très intellectuelle des choses. En revanche, les personnes en place, sur le terrain regardent souvent par le petit bout de la lorgnette.

Pour aborder  valablement les réalités actuelles, il faut beaucoup de qualités : être depuis longtemps familiarisé avec le sujet abordé. Il faut avoir en même temps un esprit d’analyse des données et un esprit de synthèse. En fait, il faut être à la fois à l’intérieur des  processus à observer et assez détaché pour pouvoir avoir le recul menant à une réflexion plus large. Il faut avoir accumulé un véritable savoir faire de haut niveau tout en ayant acquis une sagesse hors du commun. Rares sont les personnes aptes à ce travail et ce ne sont pas forcément elles qui sont écoutées…

En effet, comment comprendre de l'extérieur, des organismes ou des sociétés humaines dont les modes d’action sont divers, riches et variés, dont les enjeux sont complexes, voire paradoxaux.

Le journaliste n’échappe pas à cette difficulté. Envahit par un flot d’informations contradictoires et foisonnantes, il peine à prendre de la hauteur, à mener à bien une véritable réflexion.

Et nous sommes tous enclins à ce mal moderne. Alors la fuite en avant, c’est de simplifier à l’extrême les phénomènes, d’avoir des idées toutes faites bien claires et bien tranchées. Il est bien plus facile de réduire les personnes et les sociétés humaines à des classifications simplistes plutôt que de tenter une analyse cohérente et lucide. Cette situation pousse à réagir de façon émotionnelle aux événements. Elle pousse aussi à tomber dans l’extrémisme. Nous voyons bien comment certains adhèrent avec conviction et foi aux idées les plus folles. 

Serait-ce justement notre manque de foi qui nous empêche de faire ce travail de lucidité ?