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04/09/2013

Le troisième cerveau

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du mercredi 4 septembre sur rcf jérico :

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Des chercheurs italiens ont fait la découverte suivante : les mêmes zones du cerveau sont activées pour celui qui fait une action et celui qui l’observe. Ainsi, des électrodes sont placées sur la tête de deux personnes. L’une prend un verre de vin et commence à le déguster, certaines zones de son cerveau vont réagir. Et bien, ce sont exactement les mêmes zones qui réagissent pour la deuxième personne qui elle, se contente d’observer. Les chercheurs ont ainsi découvert un autre type de cellule, les cellules mimétiques ou neurones miroirs.

S’appuyant sur la thèse du désir mimétique de René Girard que les observations sur les neurones miroirs sont venues valider d’une façon incontestable, le neuro psychiatre Jean-Michel Oughourlian développe la thèse du désir mimétique pour la sphère psychologique et psychiatrique dans un livre parut en 2013, Notre troisième cerveau, la nouvelle révolution psychologique.

En somme, notre désir serait sans cesse calqué sur celui de nos proches et nous sommes constamment en train de les imiter. Le mimétisme est à la base de toutes nos acquisitions, petits, nous imitons nos parents, nos enseignants, ce qu’il n’est pas inutile de remarquer dans ce temps de rentrée, mais nous imitons aussi nos amis et jusqu’à nos rivaux, et c’est là que cela se complique. Si le mimétisme, sous son aspect vertueux ajoute aux acquisitions, la sympathie, l’empathie avec les autres ; dans son aspect peccamineux, le désir mimétique entretient les rivalités, les conflits. Il n’est qu’à observer un groupe d’enfant où chacun veut le même jouet.

Si donc, comme les expériences tendent à le prouver, le désir s’avère toujours copié sur celui d’un autre, alors, qu’en est-il de notre moi réel. Jean-Michel Oughourlian écrit : « Ce n'est pas moi qui désire, c'est mon désir qui crée ce que j'appelle " moi " » et cela est très difficile à admettre. Nous sommes partagés entre le fait d’admirer, d’aimer celui que nous imitons et le fait de lui en vouloir, voir de le haïr parce que son désir est antérieur au nôtre. Ce qui explique bien des querelles fratricides ou nous avons à la fois besoin d’avoir des modèles que nous rejetons comme s’ils mettaient en péril notre propre personnalité. L’histoire d’Abel et de Caïn en est une bonne illustration.

C’est d’abord l’altérité qui nous constitue, de là à penser que l’inconscient est constitué du désir des autres, il n’y qu’un pas. Comprendre le fonctionnement de notre troisième cerveau est capital pour mettre un terme à la violence de nos rapports avec les autres ; c’est là la source de la sagesse. Voilà ce qu’en dit notre auteur : « La sagesse, c’est ce long processus par lequel chacun de nous peut progressivement reconnaître les mécanismes mimétiques dont il est le jouet, surmonter les rivalités mimétiques dont il est prisonnier, écarter même les obstacles mimétiques qui le scandalisent et le sidèrent, pour se diriger vers une situation d’apaisement, d’harmonie et de paix à l’intérieur de lui-même et entre lui et les autres. »

Cette théorie est maintenant reprise par d’autres auteurs du point de vue théologique et j’espère bien vous en parler dans une autre chronique...

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10/06/2013

Hildegarde de Bingen, l'indifférence aux autres, la lâcheté

Ordo Virtutum (suite)

Ce que Sainte Hildegarde pointe ici avec beaucoup de finesse, c’est la façon qu'à l'homme de se centrer uniquement sur lui-même en disant : “ Je ne fais ni bien, ni mal, je ne m’occupe pas des affaires des autres. Je m’occupe de mes affaires, chacun les siennes. Je ne vais pas faire plus d’effort que ce que l’on fait pour moi. D’ailleurs, Dieu est bien là pour tous, il n’a qu’à s’occuper de chacun.“

Hors cette façon de penser révèle une véritable dureté de cœur comme le souligne Hildegarde. On parlerait aujourd’hui plus volontiers d’un manque d’empathie. Elle révèle aussi une profonde erreur théologique. Nous sommes tous interdépendants. Non seulement les hommes entre eux, mais aussi les hommes au milieu de la création, plantes et minéraux. S’occuper des autres devient alors une nécessité vitale de l’homme, pierre précieuse de la création.

 

La deuxième image insiste sur la lâcheté qui habite facilement le cœur de l’homme. Il préfère en effet hurler avec les loups plutôt que de chercher et défendre la vérité. Il préfère rester dans une aimable médiocrité plutôt que de faire un effort pour se dépasser lui-même. Il préfère consentir à de petits mensonges et arrangements divers avec la vérité plutôt que de livrer la bataille contre le mal. Il faut croire que déjà au XIIème siècle, cette lâcheté était courante…

podcast

 

 

émission rcfjérico du 22 février 2013

05/06/2013

La démesure

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du mercredi 5 juin sur rcf jérico :

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Notre société court toujours plus vite vers toutes les formes de démesure. Il lui faut toujours du plus grand, du plus rentable, du plus extraordinaire, dans un magnifique mouvement de surpuissance, abolissant toutes les limites.

L’économie capitaliste sur laquelle notre société repose s’est laissée corrompre par la démesure. Les profits ne sont jamais assez conséquents et les plus riches, toujours plus riches, en veulent encore davantage, au mépris de la dignité du travail de l’homme. Alors, on ferme des usines, on délocalise.

Et tout nous pousse à aller toujours plus loin et plus vite, à habiter toujours plus isolés et éloignés de nos régions d’origines, de nos familles et nos amitiés. Tout nous pousse à consommer toujours plus de choses qui durent moins longtemps.

Alors, on invente d’autres moyens de transport, toujours plus rapides. Alors, on invente d’autres besoins, toujours plus subtils. Qu’y a-t-il derrière cela, repousser les limites de la jeunesse, de la vie même ? Se croire tout-puissant ?

La démesure se dit en grec "hybris. C’est un sentiment violent inspiré par les passions, et plus particulièrement par l’orgueil. C’est bien sûr à l’opposé de la modération ou de la tempérance. Pour les Grecs, le destin accorde à chacun une part selon son rang social. La démesure est le fait de vouloir plus que la part initialement attribuée. Dans la mythologie grecque, elle est considérée comme un crime, car elle tend à faire oublier aux hommes les limites de leur condition mortelle. L’hybris est le dépassement fautif des limites. Les grecs avaient bien compris les risques de la démesure.

Celle-ci est pourtant condamnée par le bon sens populaire, par la plupart des religions et des philosophies. Normalement l’éducation des enfants passe par l’apprentissage des limites et l’éducation à la sagesse passe par l’apprentissage de la tempérance, de la maîtrise des désirs. Hors la frugalité, la modération, la retenue sont des qualités qui n’ont plus vraiment cours.

Si même pour perdre quelques kilos et compenser une nourriture trop abondante, on ne trouve rien de mieux à vous proposer qu’un régime hyper protéiné (remplacer un trop par un hyper !), alors qu’il suffit de manger moins et bien équilibré, c’est que nous sommes déjà atteints par la démesure.

Revenons à un peu de bon sens, à des choses simples, auxquelles la tradition chrétienne a continuellement été attachée et qui peuvent toucher chacun. C’est ce qui s’est passé pour Erri de Luca, un poète italien, réfléchissant à la vie des moines et moniales, il dit :

" Je ne suis pas un homme de foi, mais celle des autres me donne du courage; ne parvenant pas à embrasser leurs certitudes, je crois pourtant à leurs vies, à ce peu auquel ils ont donné de la valeur en sachant s'en contenter."

(Erri de Luca, Rez-de-chaussée)

21/05/2013

Tulipes

Entre deux gouttes, c'est vraiment les dernières...

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tulipe

tulipe

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11:58 Publié dans Ma Lorraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tulipe |  Facebook | |

16/05/2013

Hildegarde, la vanité des choses terrestres, l'amusement stérile

Ordo Virtutum (suite)

Je reprends la diffusion des émissions de carême consacrées à Hildegarde. La présentation générale du livre dont nous parlons est ici.  Saint Hildegarde, dans le livre des mérites de la vie, expose ses visions. Celles-ci sont en quelque sorte des  configurations peccamineuses, des dispositions psychiques qui empêchent l’homme d’être heureux. En effet,  de telles dispositions laissent l’homme dans son égoïsme, l’empêchent d’avoir une relation en vérité avec les autres et avec son créateur. Nous allons voir que les problèmes soulevés par Hildegarde ont un aspect très moderne. 

Dans la première vision que nous étudions, il est question de la vanité des choses de ce monde, de l’illusion de l’éternelle jeunesse. L’homme veut sans cesse accaparer pour lui-même les fruits de cette vie au lieu d’entrer en relation avec ce qui l’entoure.

Cela résonne en écho au livre de l’ecclésiaste

Vanité des vanités, dit Qohéleth,
vanité des vanités, tout est vanité.
Quel profit y a-t-il pour l'homme
de tout le travail qu'il fait sous le soleil ?
Un âge s'en va, un autre vient,
et la terre subsiste toujours.
Le soleil se lève et le soleil se couche,
il aspire à ce lieu d'où il se lève.
Le vent va vers le midi et tourne vers le nord,
le vent tourne, tourne et s'en va,
et le vent reprend ses tours.
Tous les torrents vont vers la mer,
et la mer n'est pas remplie ;
vers le lieu où vont les torrents,
là-bas, ils s'en vont de nouveau.
Tous les mots sont usés, on ne peut plus les dire,
l'œil ne se contente pas de ce qu'il voit,
et l'oreille ne se remplit pas de ce qu'elle entend.
Ce qui a été, c'est ce qui sera,
ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera :
rien de nouveau sous le soleil ! 

Dans la deuxième vision traitée, l’homme, en quête de bonheur va se tourner vers tous les amusements qui sont à sa portée.  Il faut à tout prix s’amuser, quitte à railler les autre ; il faut être aimé, quitte à capter l’intérêt des autres à son propre profit ; il faut à tout prix être joyeux, quitte à parodier la joie en Dieu.

Hors, la vraie joie est celle de la louange divine et la vraie relation aux autres est celle de l’empathie qui nous fait partager leur vécu.

Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure. Pleins d'une égale complaisance pour tous, sans vous complaire dans l'orgueil, attirés plutôt par ce qui est humble, ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. Ro 12, 15-16

 

podcast

émission rcfjérico du 15 février 2013