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02/09/2011

Le pessimisme ou la confiance ?

 Les petites chroniques "regard chrétien sur le monde" ont repris. C'était hier !

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prairies fleuries dans ma campagne...

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Cette année, nous avons abordé la rentrée brutalement. Les journaux nous saturent d’informations  toutes plus pessimistes les unes que les autres.

Les marchés boursiers plongent, les taux d'intérêts remontent. On s’attaque à nos niches fiscales, on augmente nos impôts, on rogne notre épargne, notre pouvoir d’achat diminue. L’immobilier augmente, sans parler de la dette, l’immense dette fiscale qui grossit toujours. C’est évidemment la faute aux délocalisations, à la récession, aux gouvernants, à la France qui décline, à l’Europe qui n’est pas crédible, sans parler des Etats-Unis qui perdent la main !

Un sondage Bva distingue deux catégories de peuples : d’un côté les confiants, ceux qui ont foi en l’avenir et en eux-mêmes, ce sont les pays émergents ; de l’autre, les craintifs, ces vieux pays qui ont peur de l’avenir, qui ont une image frileuse d’eux-mêmes. Parmi ceux-ci, la France bat tous les records de pessimisme. Oui, nous sommes atteints collectivement de sinistrose aigüe.  En premier lieu, il s’agit bel et bien d’une crise de confiance.

Malgré cela, on voit se lever ici et là des antidotes. La croix publie une liste de titres sur l’optimisme :
Un petit coin de paradis
Lestrenteglorieuses sont devant nous
L’apocalypse n’est pas
pour demain
Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur
Éloge de l’optimisme...

Sur internet aussi, on peut trouver les très serieux sites "tous optimistes" et "la ligue des optimistes" pour n’en citer que quelques uns. Jusqu’au concours de poésie des belles lettres et éditrices indépendantes présenté par sa présidente Solange Strimon mardi dans l’Est Républicain dont le thème de l’année 2011 est "le bonheur" et celui de l’année 2012 "les meilleurs souvenirs d’enfance ou de vacances".

Ces attitudes prêtent peut-être à sourire, mais néanmoins, nous, chrétiens, elles nous interrogent. Il ne s'agit pas d'attendre une heureuse solution toute faite qui nous tomberait du ciel, il ne s'agit pas non plus de croire que seules les réalités spirituelles offrent des chances de bonheur.

Nous avons à regarder la réalité en face. Le christianisme est une religion incarnée, ancrée dans le réel, dans l'histoire. En premier lieu,  tout n'est pas aussi tragique que l'on veut bien nous dire. Ce n'est pas parce que les journaux télévises nous présentent toutes les nouvelles de façon à provoquer en nous le maximum d'émotions que nous sommes obligés d’y adhérer. Leur présentation est essentiellement basée sur le sensationnel,  la peur, la méfiance, la suspicion. Retrouvons un peu d'objectivité. Et puis, sachons voir là où il y a transmission de la vie. Nous avons beaucoup de raison de nous réjouir, ce sont très souvent des raisons de proximité. Bien sûr, il y a des difficultés, mais nous sommes invités, parce que nous sommes chrétiens à regarder au-delà, à être des veilleurs de la lumière qui ne peut manquer de se lever.

Nous qui savons à qui donner notre confiance, nous savons aussi que c’est cette confiance qui transforme tout. Alors, bonne rentrée !

28/06/2011

Mystiques et Mères

J'enregistre une nouvelles série de neuf émissions pour rcfjérico qui sera diffusée cet été : elle s'intitule Mystiques et Mères

Ce cycle d’émissions se propose de brosser le portrait de femmes passionnées de Dieu et de voir comment elles ont fait bénéficier leur entourage de leur relation si intense au créateur.
Nous commencerons par le XIIIème siècle et nous irons d’abord au monastère d’Helfta avec Gertrude et Mechtilde de Hackeborn, et la grande figure de Sainte Gertrude.
Puis nous nous intéresserons aux béguines avec  Mechtilde de Magdebourg et Hadewijch d’Anvers
Ensuite, nous chercherons à savoir ce qui a motivé Sainte Françoise Romaine puis Sainte Jeanne de Chantal à fonder des monastères
Enfin, nous ferons route vers l’Orient avec une femme beaucoup plus contemporaine, Mary Kahil et une femme musulmane du début de l’islam, Râbi’a 

La première émission de présentation est diffusée vendredi à 11h15 et rediffusée samedi à 9h15, les autres suivrons chaque semaine aux mêmes jours et heures

Vous pouvez les réécouter pendant une semaine où les enregistrer en cliquant ici, puis sur l'onglet I-N (attention, il faut s'inscrire)

10/06/2011

L’homme politique est-il un modèle ?

Notes pour le trois minutes du jeudi 2 juin 2011 pour rcfjerico :

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Les derniers scandales d’hommes politiques ont fait la une des journaux. Il parait légitime de s’interroger sur un tel engouement pour des actes qui somme toutes, ne relèvent que du fait divers plus ou moins sordide. Hormis l’attrait pour tout ce qui touche les questions de mœurs, ne doit-on pas considérer que l’homme politique, parce qu’il est placé bien en vue, à la tête du peuple, joue le rôle de modèle et engage par ses actes beaucoup plus que sa seule personne.

C’était déjà la préoccupation de Philon d’Alexandrie quand il écrivit son livre sur le personnage biblique de Joseph. Philon est un exégète juif de la première moitié du 1er siècle après J.-C. vivant à Alexandrie et ayant fait sienne  la culture grecque de son temps. Il a profondément inspiré les premiers pères de l’Eglise, en commençant par Origène, puis Grégoire de Nysse pour n’en citer que quelques uns.

Philon fait de Joseph, le fils de Jacob, devenu intendant de la maison de Pharaon, la figure de l’homme politique. Pour l’Alexandrin, l’homme politique, de par sa seule position, apparaît naturellement au peuple comme un modèle. Celui-ci cherche un dirigeant et quand il le met à sa tête, il tend à imiter l’exemple mis en avant. Or, pour Philon, le peuple est le plus souvent ignorant de la vérité et par conséquent, lorsque le souverain qu’il suit est mauvais et corrompu, il adopte de mauvaises mœurs. En revanche, lorsque l’homme politique est bon, le peuple suit l’exemple vertueux qu’il a sous les yeux.

Philon ne se contente pas de dire que seul l’homme vertueux constitue un modèle pour son peuple. Il remarque que, quelque soit la vertu du souverain, la foule semble toute disposée à suivre le modèle qu’elle a sous les yeux. Même si le bien et le mal ne sont pas placés au même niveau, les hommes suivent le modèle négatif, parce qu’ils ne cherchent pas une vérité objective mais sont encouragés dans leur mauvaise conduite. En revanche, le modèle vertueux s’impose avec force et évidence.

Dès lors, pour Philon, il est impératif à l’homme politique de cultiver la tempérance et de s’engager sur le chemin de la vertu. En effet, l’homme politique doit constamment établir un équilibre entre le monde de l’apparence, le désir de faire plaisir à son peuple et l’exigence de la vérité et de la justice qui l’habite et qu’il doit cultiver. Philon fait remarquer que, si Joseph porte la tunique multicolore offerte par son père, c’est parce que la réalité politique est bariolée et variée et qu’elle doit s’adapter aux circonstances toujours changeantes du monde.

La séduction de la foule est représentée par la femme de Putiphar, intendant de Pharaon. Comme bien souvent dans la bible, c’est une femme qui représente le peuple entier. Elle tente de séduire Joseph et celui-ci lui résiste. Situation parfaitement inverse, et cela ne nous étonnera pas, de celles présentées actuellement dans les journaux !

Visiblement, ce type de réflexions ne fait pas partie de la formation de nos hommes politiques. Tant de problèmes urgents accaparent leur esprit qu’il ne leur reste plus de temps pour cultiver la sagesse. Quel dommage ! Mais peut-être qu’enfin, libérés par une démission forcée de toute activité politique, dans leur prison ou leur retraite dorée, ils trouveront un moment pour méditer avec profit de semblables textes ?

05/05/2011

La vie monastique en Ukraine

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Notes pour le trois minutes du jeudi 5 mai 2011 pour rcfjerico :

Je reviens d’un voyage à Kiev en Ukraine. Quelle renaissance de la vie religieuse dans ce pays. Les monastères et églises existants sont restaurés et de nouveau affectés au culte. Ceux qui ont été détruits sont reconstruit, bien souvent à l’identique.

Le fonctionnement  des monastères, 200 pour tout le pays, est particulièrement surprenant. Il faut vous imaginer les monastères comme de grandes propriétés entourées de murs mais ouvertes au visiteur. L’église est au centre. Les bâtiments sont distribués le long des murs. Des jardins enserrés par des allées modèlent l’espace que viennent parfois compléter de petites chapelles ou un baptistère.

La vie monastique n’est pas régie par de grands ordres monastiques. Devient moine celui qui cherche Dieu. Il est alors occupé par ce que lui donne à faire son père ou sa mère spirituelle pour sa propre progression. La règle n’est pas uniforme pour tous. L’un va travailler davantage la parole de Dieu, un autre progressera sur le chemin de sainteté en pratiquant l’oraison, et un autre en vaquant simplement aux activités ordinaires mais sous le regard de Dieu. Peu d’offices réguliers qui rassemblent toute la communauté, mais néanmoins la prière est régulièrement assurée et les lieux sont souvent habités par la psalmodie.

Les églises sont petites, sans chaises, mais continuellement, des personnes viennent pour se recueillir, allumer un cierge, faire une demande à la mère de Dieu ou à un saint.

Nous avons eu la chance de pouvoir suivre un moment de liturgie en pleine air dans l’enceinte du monastère. Il faut dire que dans l’octave de Pâques, les offices étaient nombreux d’autant plus que certains étaient célébrés pour les victimes de la catastrophe de Tchernobyl dont  c’était le 25ème anniversaire. Il y avait  beaucoup de monde, mais ce qui nous a le plus étonné, c’est que les monastères sont de vrais lieux de vie. Après l’office, ceux qui le voulaient ont pu se restaurer sur place, et l’après-midi, une estrade permettait à des chanteurs et à des groupes folkloriques de se produire. Assurément, ce sont des lieux ouverts, insérés dans la société.

Que se soit à la grande Laure de Kiev, au monastère de femmes Florovsky dans le quartier populaire du Podil ou en plein centre de la ville, partout le même calme, la même ambiance comme hors du temps. Ces lieux de prière donnent l’impression d’être véritablement habités par la Présence Divine et il fait bon s’y ressourcer.

Et pourtant, quelques mètres plus loin, la ville moderne est bien là avec son bruit, ses constructions très contemporaines, ses publicités, son agitation, ses immenses centres commerciaux en sous-sol doublant les artères principales dans une frénésie de consommation souterraine.

Enfin pour terminer, il faut souligner que pour qu’un monastère existe, il suffit d’une église et de deux ou trois moines ou moniales habitants à proximité pour y assurer la prière. Quelle leçon pour nous qui ne cessons de regrouper et de fermer nos monastères parce qu’ils n’ont plus assez de religieux !

 

22:03 Publié dans Regards chrétiens, Voyages | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : kiev |  Facebook | |

09/04/2011

L'impermanence de l'actualité

Trois minutes du jeudi 7 avril 2011 pour rcfjerico :

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Sans cesse, nous sommes pris dans le tourbillon de l’actualité. Une nouvelle en chasse une autre dans une précipitation sans fin. Les choses apparaissent puis disparaissent du devant de la scène sans que l’on puisse vraiment donner du sens à ce qui se passe. 

Pendant longtemps, seuls des articles spécialisés parlaient de la situation en Lybie, puis tous les media s’y intéressent. Arrive le tremblement de terre au Japon et le tsunami qui suit. De nouveau, l’intérêt retombe.  Et il était prévisible que le colonel Kadhafi profite en quelque sorte de l’accalmie pour bombarder son propre peuple. Alors, bien sûr, plein feu sur la Lybie, mais on oublie Fukushima d’où s’échappent néanmoins  toujours des vapeurs radioactives. Le tout entrecoupé de nouvelles parfaitement sans conséquences mises sur le même plan.

Quelle difficulté pour nous auditeurs, de déceler les priorités, de discerner ce qui est vraiment important de ce qui ne l’est pas. Un ami m’avait dit il y quelques années que ce n’était pas la peine d’acheter le journal puisque sa durée de vie n’était que de 24 heures et qu’il était bon à jeter après. Bien sûr c’était une boutade qui m’avait amusée. Et pourtant, n’est ce pas la durée réelle de certaines nouvelles émises par l’agence France Presse et reprises en boucle par tous les média dans des termes analogues ?

J’étais encore imprégnée de toutes ces réflexions quand j’ai visité la très belle exposition Chagall et la Bible à Paris, au musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Que Chagall ait merveilleusement illustré la Bible, cela est un fait connu, mais ce qui intéresse notre propos aujourd’hui, c’est que le matériau biblique lui permet de faire une lecture de son époque tout à fait pertinente et parfois même visionnaire.

Par exemple, quand Marc Chagall, qui est Juif, dont le grand père fut un rabbin hassidique, peint  Jésus ; c’est d’une grande liberté pour l’époque. En 1930, c’est en avance sur le travail des historiens de la Bible et des exégètes, il en fait un véritable juif, n’hésitant pas pour cela à le représenter avec les attributs de la prière juive que sont les phylactères. De plus, comme un appel déchirant à la conscience chrétienne, il représente un Jésus crucifié qui incarne le peuple juif dont il pressent la destruction. Et quand dans un tableau comme l’exode,  à la suite du crucifié marche tout un peuple c’est, dans une vision plus large, tout l‘humanité souffrante qui est représentée. Par sa peinture, il a été  non seulement l’artisan d’une réconciliation entre juifs et chrétiens mais également un messager de paix entre les hommes. Il le dira lui-même : « ces tableaux ne représentent pas le rêve d’un seul peuple mais celui de l’humanité ».

Oui vraiment, la Bible, sans changement depuis tant de siècles est bien la seule bonne nouvelle qui ne se démode pas et qui permette, encore et toujours, et à chaque époque une lecture pleine de sens. Chagall ne s’y est pas trompé et son exemple nous est précieux. Et si, nous aussi, un peu moins avides de nouvelles éphémères, nous les relisions autrement, imprégnés par nos lectures bibliques, pour leur donner un sens plus profond ?