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02/02/2012

Les blogs chrétiens

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 4 février sur rcf jérico :Moïse.jpg

dessin : Blog l'actu en patates

Lors de la Saint François de Sales, le saint patron de la communication – en effet, c’est lui le premier qui avait imaginé de faire imprimer des textes qu’il placardait dans des endroits publics ou distribuait sous les portes, on lui doit le premier journal catholique du monde – Lors donc de la Saint François de Sales, la Fédération Française de la Presse Catholique a organisé une table ronde : les blogs chrétiens, pour quoi faire ?

A cette table ronde participaient quatre bloggeurs, deux prêtres, auteurs des blogs un seul monde et padreblog et deux laïcs, dont les blogs sont koztoujours et hôtel synodal.

Le tour de table et le débat qui suivit a fait apparaître combien un blog est un outil personnel, subjectif. Chaque blog a son histoire, son style propre. La grande fréquentation des blogs catholique casse l’image stéréotypée du catholique, qui est souvent perçu comme quelqu’un de formaté, qui répète ce qu’on lui dit de dire. hors le net montre des personnalités qui pensent, qui vivent leur foi de manière très personnelle. Les prêtres eux-mêmes essaient dans leur blog d’avoir un langage moins institutionnel.

La parole y est engagée, réactive, forte face aux polémiques. Alors bien sûr, elle engendre des réactions et des commentaires qu’il est ensuite nécessaire d’assumer. Mais il ne faut pas mésestimer l’intelligence des lecteurs qui font rapidement le tri dans les commentaires. Tout commentaire violent se discrédite lui-même, et ceux qui déversent leur bile derrière leur écran, par leur outrance même, ouvrent les yeux des autres et les amènent à réfléchir. La contradiction engendre le débat. Les blogs ont libéré la parole et c’est la vérité qui a tout à y gagner même si son émergence présente un caractère douloureux.

Les blogs donnent une idée beaucoup plus ouverte de l’Eglise. Ils permettent ainsi à une grande masse de français, qui ne va plus à l’église, qui ne la connait que d’une façon caricaturale par les grands medias, de la fréquenter, d’écouter un concert de voix polyphoniques qui la définit. Comme une porte ouverte, les blogs invitent des gens non identifiés catholiques à une réflexion commune.

Mais cette diversité des prises de position, cette dissémination de l’opinion catholique pose problème à l’Eglise. La division existe en son sein et elle est plus apparente que jamais. Sans formater les blogs, ce qui avait donné lieu à de vifs débats sur le net, et ce qui parfaitement impossible étant donné leur fonctionnement d’électrons libres, il est évident qu’il faut s’en servir. Les blogs de la mouvance "tradi" s’en servent très bien, ils tapent fort, et deviennent incontournables. Alors non, il ne suffit pas d’être tiède, de penser juste mais dans son coin, de prier pour que tout s’arrange. Non, il faut le faire savoir, le crier haut et fort. Les blogs participent à leur manière à la nouvelle évangélisation, voir à une nouvelle forme de prophétisme dans l’Eglise.

Dans son intervention vidéo, Mgr Chelli, président du Conseil Pontifical pour les Communications sociales, à parlé avec justesse de Diaconie.

Mais laissons le dernier mot à Saint François de Sales, cité par Mgr Podvin :

« Le monde devient si délicat, il est important de lui dire qu’il est aimé ».

06/01/2012

C’est de la confrontation avec les autres que nait la créativité

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 5 janvier sur rcf jérico :

Aujourd’hui, c’est l’exposition qui se tient au grand palais : "Matisse, Cézanne, Picasso... L'aventure des Stein" qui va être. la source de ma réflexion.

matisse cézanne picasso stein

L’exposition retrace l’aventure d’une famille de collectionneurs américains hors norme, les Stein. Léo arrive le premier en Europe et s’installe à Paris en 1903. Il commence sa collection en achetant des Manet, Renoir, Degas. Léo Stein est rapidement rejoint par sa sœur Gertrude et son frère ainé Michael accompagné de sa femme Sarah. Ils se positionnent rapidement en faveur de l’avant-garde et achètent avec un goût très sûr ce qui deviendra des chefs d’œuvre.

matisse cézanne picasso stein

 Cézanne - Baigneurs

Les premières salles retracent le goût relativement classique de Léo avec une belle série de nus allongés. Les salles font revivre Renoir et son entourage. , Renoir déclare être allé au bout de l’impressionnisme et reprend l’étude du dessin en travaillant le nu… entrainant d’autres artistes à sa suite. Quelle belle leçon d’exigence.

Plus loin, c’est Matisse disséquant les couleurs sous l’effet de la lumière à Collioure, puis transposant la richesse de sa palette à Paris dans l’admirable portrait de sa femme : La Femme au chapeau (1905) qui fit scandale au Salon d’Automne. Sarah Stein se liera d’amitié avec le peintre et deviendra avec son mari la plus importante collectionneuse de Matisse.

matisse cézanne picasso stein
Matisse - la femme au chapeau

Plus loin, c’est l’amitié de Gertrude et du jeune Picasso qui éclate à nos yeux. Gertrude encourageant le jeune peintre qui l’influence elle-même dans son travail d’écrivain d’avant-garde.

matisse cézanne picasso stein
Picasso - Deux femmes au bar

Mais autour de cette famille gravite de nombreuses personnalités du monde artistique et littéraire. Hemingway, Apollinaire, pour n’en citer que quelques uns, se pressent dans les appartements des Stein qui tiennent salon pour discuter, admirer, rencontrer les artistes. C’est ainsi que naissent les "samedis des Stein". L’importance de leur patronage artistique montre comment c’est imposé de nouvelles normes en matière de goût dans l’art moderne.

matisse cézanne picasso stein
Picasso - Getrude Stein

L’exposition est extrêmement riche, proposant de nombreuses œuvres d’artistes aux recherches parallèles. Mais avec une pédagogie remarquable, elle nous retrace aussi le climat de l’époque. Ici des photos, là, des livres, des correspondances, des enregistrements, toutes marques qui font revivre le passé dans sa complexité, sa richesse. Et ceci n’est pas anecdotique mais permet de comprendre que c’est cet aspect multidimensionnel et relationnel qui rend les artistes féconds.

Je me prenais à rêver de lieux où il serait possible, entre chrétiens, d’échanger librement, avec créativité de notre foi. Les lieux où nous nous rencontrons sont trop souvent des lieux de passivité, où seule une parole formelle est promulguée. Et quand nous nous rencontrons, les conversations restent souvent au niveau des banalités et parviennent rarement à une réflexion sur notre foi. Avons-nous à ce point peur de nous tromper ? Comment nous approprier ce dont nous vivons si nous ne nous croyons pas autorisés à en parler ? Seule la rencontre avec l’autre, est  un révélateur de ce qui nous habite et permet une véritable fécondité mutuelle. L’évangélisation n’est-elle pas à ce prix ?

02/12/2011

Comment pouvons-nous entrer en dialogue avec des personnes athées ?

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 1 décembre sur rcf jérico :

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C’est effectivement une question très actuelle. Nous sommes dans une société de plus en plus sécularisée où l’éducation religieuse n’est plus automatiquement donnée à chaque enfant. Pourtant, nous percevons bien que face aux difficultés économiques actuelles, et aux difficultés sociales et humaines qu’elles ne manqueront pas d’entraîner à leur suite, il est extrêmement important d’avoir un dialogue profond et sincère entre personnes de bonne volonté. Et nous avons tous rencontré de ces personnes ayant du cœur, se dévouant pour les autres, ayant une profondeur, se posant des questions, habitées par une réelle intériorité. Quel langage commun pourrions-nous avoir ?

Julia Kristeva est un attachant exemple de ce type de personnes. Elle est écrivain, psychanalyste, professeur émérite à l’Université Paris 7 – Diderot. Paradoxalement, elle est beaucoup plus connue à l’étranger qu’en France où elle vit maintenant depuis de longues années.

Madame Kristeva tente de refonder un nouvel humanisme qui assimile notre héritage culturel européen : celui de la philosophie grecque et des religions juives et chrétiennes. Elle défend le fait que notre tradition dans son ensemble est à apprivoiser mais également à adapter aux singularités nouvelles. C’est une femme qui se pose des questions, qui est prête à avancer, à se renouveler comme la vie l’exige toujours, dans  une constante adaptabilité.

Tout en se déclarant agnostique, elle a néanmoins écrit Thérèse mon amour,  un gros livre sur Thérèse d’Avila. Thérèse avec laquelle elle avoue elle-même avoir vécu dix ans, tentant de comprendre et de faire sienne sa démarche intérieure. Son dernier livre, Leur regard perce nos ombres, en collaboration avec Jean Vanier traite du handicap où elle s’est elle-même concrètement investie.

Julia Kristeva représente bien tous ceux qui tentent de vivre d’une façon la plus humaine possible, dans un état de quête permanente. Le pape Benoit XVI ne s’y est pas trompé. Il a invité madame Kristeva en octobre dernier aux rencontres d’Assise. Il s’exprimait ainsi dans son discours  :

« Ces personnes, expliquait-il, cherchent la vérité, elles cherchent le vrai Dieu, dont l’image dans les religions, à cause de la façon dont elles sont souvent pratiquées, est fréquemment cachée. Qu’elles ne réussissent pas à trouver Dieu dépend aussi des croyants avec leur image réduite ou même déformée de Dieu. Ainsi leur lutte intérieure et leur interrogation sont aussi un appel pour les croyants à purifier leur propre foi, afin que Dieu – le vrai Dieu – devienne accessible. »

Nous chrétiens, devons très certainement prendre ces paroles comme un appel aux croyants. Comment approfondissons-nous votre foi ? Comment parlons-nous de Dieu ? Quels mots nouveaux tentons-nous pour expliquer notre foi dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui ? A force d’expliquer Dieu par des formules toutes faites, nous l’enfermons dans une conception étriquée, nous en faisons une idole et nous ne pouvons répondre à tous ceux qui sont en quête de vérité, assoiffés d’une vie intérieure, plus humaine, plus riche, à tous ceux que Benoit XVI qualifiait de « pèlerins de la Vérité ». Osons nous mettre nous même en quête, pour pouvoir dialoguer avec ceux qui sont différents sur la route.

03/11/2011

Comment accompagner les personnes en deuil ?

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 3 novembre sur rcf jérico :

IMG_0517.jpg

Avant-hier, nous fêtions la Toussaint, hommage joyeux à cette longue cohorte bigarrée de tous les saints et saintes, connus ou inconnus. Hier, nous avons prié pour les morts, intercédant pour eux par nos prières. Alors aujourd’hui, je voudrais vous parler plus spécialement de ceux qui restent après le décès d’un de leur proche. La question que je me suis posée est celle-ci : que pouvons nous faire pour ceux qui ont été touchés par le départ d’un des leurs.

La mort est un sujet tabou dans nos sociétés, elle est évacuée. Tout nous invite à ne jamais nous poser la question, à nous faire croire qu’elle ne nous concerne pas. Rien ne nous prépare à sa venue pourtant inéluctable. Et quand elle surgit, alors, nous sommes incités à régler les choses rapidement, sans laisser de traces, afin que la vie trépidante, insouciante et superficielle puisse reprendre au plus vite.

En réalité, il n’en est pas ainsi. La mort d’un être aimé, d’un conjoint, d’un parent, d’un enfant, de frères ou sœurs est un évènement qui nous affecte en profondeur, qui demande du temps pour être accepté, pleinement vécu et surmonté.

N’y avait-il pas une certaine sagesse dans les anciennes traditions qui fixaient le temps du deuil, puis du demi-deuil, suivant le degré de parenté ?  Il ne faut pas nous étonner que fleurissent sur internet des sites consacrés au deuil où les personnes peuvent s’épauler, avoir des conseils pour traverser cette étape inévitable.

Le grand rabbin de France Gilles Bernheim décrivait les coutumes juives d’accompagnement des proches d’un défunt. Il expliquait par exemple que dans la tradition juive, on ne doit pas adresser en premier la parole à la personne récemment endeuillée. On doit attendre que celle-ci parle la première. Si son chagrin est trop grand, si elle n’a pas envie de parler, on doit la laisser. En effet, toute parole n’est-elle pas veine devant la tragédie que représente la perte d’un être aimé ? Etre seulement là, apporter une présence amicale. En revanche, Gilles Bernheim conseillait, si l’on a bien connu le défunt, de prendre le temps d’écrire à ceux qui restent quelques souvenirs, une anecdote, ce que nous avions vécu avec le disparu. Les écrits peuvent être lus plus tard, dans la période de deuil qui ne fait que commencer et sont alors d’un grand secours lors des inévitables passages dépressifs qui suivent le décès d’un proche. C’est une belle leçon de sagesse !

Nous chrétiens, avons des rites qui accompagnent le défunt. Le dernier adieu, avec l’encensement du corps par le célébrant, puis la bénédiction par toute la communauté permet de ritualiser la séparation. Le défunt est remit à Dieu. Ce rituel anticipe symboliquement tout le travail du deuil et nous savons à cette occasion manifester notre compassion.

Mais pour les proches qui subissent le deuil, ce n’est que l’entrée dans cette longue période de deuil, tout reste à faire. Alors sachons accompagner celui qui vit de près ce bouleversement. Il ne peut se faire sans une déconstruction, une partie de lui-même est morte avec la personne disparue. C’est nous les vivants, par notre présence, notre affection, notre écoute bienveillante, qui vont permettre aux proches, de s’extraire de cette confusion entre le monde des vivants et celui des morts. Cela va leur demander un travail intérieur gigantesque et long.  Sachons les accompagner dans la patience, c’est à ce prix qu’ils pourront se reconstruire, qu’ils pourront vivre une nouvelle naissance.

10/10/2011

Est-il nécessaire d’éduquer les émotions ?

Athènes

Le pédagogue, musée archéologique d'Athènes, été 2011

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 6 octobre sur rcf jéricho :

A l’heure où dans un souci de rentabilité toujours plus grande, l’inutilité de certains enseignements est souvent pointée du doigt, ce sont les enseignements tels que la littérature, la philosophie, l’histoire et bien sûr les arts qui ont tendance à se réduire comme peau de chagrin au profit de disciplines plus utilitaires telles que sciences et sciences appliquées. Hors, ces disciplines utilitaires ne permettent en aucun cas ce que l’on pourrait qualifier d’éducation à l’émotion.  

Il convient d’ailleurs de remarquer que même au sein des disciplines qui pourraient apporter cette formation, un glissement s’opère. Prenons l’exemple de la littérature. Grâce à la prolifération des manuels de travail et à internet, les étudiants font souvent appel à des guides d’études et à des réponses prédigérées sur des textes qu’ils n’ont absolument pas lu. On assiste donc à un discours sur la littérature au détriment d’une exploration personnelle des textes et plus personne ne prend le temps pour des lectures régulières, pour une pratique de la littérature vivante. Hors, lire, relire et goûter les textes est pourtant le seul moyen de progresser soi-même dans sa propre perception des choses, de croître en humanité. Il en est malheureusement de même pour l’enseignement artistique où l’on assiste à l’accroissement du discours intellectuel sur l’art au détriment de sa pratique.

Effectuons un petit retour en arrière. Il est important de se souvenir qu’au XVème siècle[1], la journée scolaire était jalonnée de chants. En effet, on commençait chaque heure de cours par le chant des psaumes, d’un choral ou d’une ode poétique latine ou néo-latine bien souvent polyphonique. La moindre règle de grammaire était mise sur une mélodie facile dans le but de la mémoriser plus aisément et on jouait des pièces de théâtre inspirées de l’histoire biblique.

Les pères enseignants  avaient parfaitement conscience que le fait de chanter ensemble, par l’obligation d’écoute de l’autre que cela développe, est un remède efficace à l’égoïsme et à la violence. C’est en outre le meilleur moyen de développer un esprit de groupe et une solidarité exemplaire.  Toutes les voix sont utiles et nécessaires à la chorale, l’esprit de corps la relation entre les différents membres du chœur devient une réalité palpable.

Il est évident que cette pluridisciplinarité est un bel exemple d’éducation intégrale capable de préparer des sujets autonomes et respectueux de la liberté et de la dignité d'autrui.

L’homme étant de toute façon un sujet ayant des émotions, si celles-ci ne sont pas affinées, elles ont toutes les chances d’être récupérées grossièrement et sans esprit critique par les média.

Le livre récemment traduit de la philosophe américaine Martha Nussbaum[2], les émotions démocratiques, comment former le citoyen du XXIè siècle, pointe tout ceci du doigt. Son diagnostic de l’enseignement et de la recherche soumis à la pression des logiques marchandes, alors que la guerre économique est mondiale, est pertinent. Son analyse de la situation aux Etats-Unis et en Inde trouve son écho dans les pays d’Europe. Néanmoins, elle propose une éducation ayant aussi un but politique avec le risque d’une sélection d’auteurs conformes.

Qui détermine les sources de nos émotions démocratiques ? C’est bien la question. On voit qu’il y a urgence, pour nous chrétiens, à nous former d’une façon beaucoup plus complète et ouverte si nous voulons encore pouvoir participer aux débats de société, pouvoir apporter notre sens critique, sans tension identitaire.


[1] Colloque de Royaumont 1985
[2]
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