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05/10/2012

Du pardon des fautes

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 4 octobre sur rcf jérico :

 

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Chagall - Juif en prière - 1923

La semaine dernière, les juifs fêtaient Yom Kippour, la fête du grand pardon. Le jeûne, non seulement de nourriture mais aussi de boisson est de rigueur toute la journée. Diverses autres observances, comme le jeûne de travail, celui de la parole sont requises, ce qui contribue à renforcer l’atmosphère austère de ce jour. Mais, l’essentiel, c’est de se souvenir de l’année écoulée, de faire le point sur les fautes commises envers les autres et envers Dieu et d’en demander pardon.

Consacrer une journée entière au repentir, au moment de commencer une nouvelle année est vraiment une idée intéressante. Le recul avec l’année écoulée permet la distance nécessaire à une juste appréciation des fautes commises, et le pardon par Dieu donne la force de repartir renouvelé pour la nouvelle année en prenant les résolutions nécessaires.

 Dans la pratique juive deux formes de demande de pardon nous donnent particulièrement à réfléchir, nous chrétiens. La première, c’est que l’on demande pardon non seulement pour les fautes intentionnellement commises, mais aussi pour les fautes inconsciemment commises. Ceci est en accord avec la Bible, qui invite, dans le livre du lévitique, à demander pardon pour le péché commis par inadvertance. En effet, tout acte a des conséquences, même si, au départ, il n’a pas été voulu. La liturgie orthodoxe en garde la trace en demandant pardon pour « les fautes volontaires et involontaires »

La deuxième idée intéressante c’est que la communauté demande pardon pour les fautes collectives qu’elle a commises. Cette idée ne nous est pas inconnue, souvenons-nous de Jean Paul II, au mur des lamentations, qui, dans une scène sans précédent, est venu humblement demander pardon pour toutes les souffrances infligées aux juifs. Là aussi, cet acte était en totale conformité avec le livre du lévitique où, le grand prêtre doit demander pardon pour les fautes de sa communauté.

A l’échelle de nos communautés paroissiales, ne serait-il pas nécessaire également, de prendre conscience de nos fautes collectives. Pas des petites querelles qui relèvent la plupart du temps de fautes personnelles, non, des fautes collectives, dont nous portons ensemble la responsabilité. Nous sommes tous responsables de personnes qui s’éloignent, d’options prises qui ne portent pas de fruits, du manque de chaleur de nos assemblées et la liste n’est pas close… Consacrer du temps pour en prendre conscience, le formuler devant Dieu et en demander pardon pourrait redonner un élan de dynamisme et de vie dont nous avons bien souvent besoin.

Dans notre époque d’individualisme extrême, se sentir solidaire de la communauté ne vient pas spontanément à l’esprit. Nous avons davantage tendance à penser que si quelque chose ne nous convient pas, nous pouvons partir, que nous ne sommes pas impliqués, pas responsables des autres.

Ne devons-nous pas affiner notre compréhension de la faute pour remettre nos assemblées sur un chemin de sainteté ?

 

10/09/2012

C’est la rentrée !

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 6 septembre sur rcf jérico :

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Chaque année, volontairement ou involontairement, nous sacrifions avec un bel ensemble au rite de la rentrée. Bien sûr, c’est le temps de la reprise des classes pour les plus jeunes. Mais c’est aussi, pour chacun, le temps d’une rentrée personnelle et individuelle.  Que nous soyons ou non partis en vacances (seulement moitié des français partent effectivement en vacances), que nous soyons ou non actifs, nous sacrifions tous à ce grand moment. Le rythme s’accélère, Les activités reprennent, et avec elles, les bonnes résolutions, les désirs d’amélioration.

La saison elle-même avec ses nuits plus longues et ses matins plus frais participe à ce changement de tempo. Le grand rite annuel de la rentrée peut être vécu.

Le fait de vivre collectivement ce passage balise le temps, donne des repères. Malheureusement, cette période est orchestrée par les media, et là, entre le prix du cartable qui augmente, les factures en hausse et la récession qui se profile, tout est motif d’abattement. La rentrée se fait dans les commentaires inquiets, pessimistes. La France recule et peine à s’insérer dans le monde global que nous vivons. Le fait de vivre ces événements d’une façon collective, avec des mots constamment répétés, ritualise le temps de la rentrée dans la désespérance.

Et pourtant dans ce moment particulier de la rentrée, quelqu’un d’autre recommence aussi un cycle annuel. C’est la Vierge Marie. Elle aussi fait sa rentrée pourrait-on dire. En effet, le cycle de la Vierge commence le 8 septembre, par la fête de la Nativité. Et les fêtes de la Vierge vont s’étaler tout au long de l’année, quasiment une par mois, comme pour bien nous faire comprendre la présence infiniment douce et discrète mais constamment à l’œuvre de la Vierge. Au cours de l’année, nous accompagnerons la Vierge dans toutes les étapes de sa vie, enfant, lors de la présentation au Temple, visitant Elisabeth, au pied de la croix, et nous la fêterons dans tous ses états. Le cycle se termine au milieu du mois d’août par la fête de l’Assomption, couronnement de toute la vie de la Vierge. Enfin, ce n’est pas tout à fait exact, car, au cas où nous n’aurions pas bien compris, une dernière fête, dans l’octave de l’Assomption nous permet de louer encore une fois Marie, c’est celle de Marie Reine.

Il est intéressant de remarquer que le cycle des fêtes de Marie, fille d’Israël par excellence, commence juste à l’époque du nouvel an juif et couvre notre année scolaire.

Septembre est bien le lieu de tous les commencements, alors, nous pouvons tranquillement nous en remettre à Marie afin qu’elle nous accompagne à la fois chacun personnellement, mais aussi collectivement dans cette nouvelle année pour que nous puissions la vivre en plénitude, remplis de projets et d’espoir.

Bonne rentrée !


03/05/2012

La famille, lieu de sainteté

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 3 mai sur rcf jérico :

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BLANCHARD Jacques
LA SAINTE FAMILLE AVEC SAINTE ELISABETH ET  SAINT JEAN BAPTISTE
 17e siècle

Tous les trois ans, un peu à la manière des JMJ, le pape propose aux familles de se rassembler pour réfléchir sur la mission des familles et prier ensemble.

Cette année, c’est à Milan que se tiendra du 30 mai au 3 juin, en présence de Benoit XVI, le 7ème rassemblement mondial des familles. Il a pour thème : « la famille, le travail et la fête ». Cet évènement, beaucoup moins médiatisé que les JMJ, réunit néanmoins plusieurs centaines de milliers de personnes.

On pourrait croire que réfléchir à ce qui fait vivre une famille de façon chrétienne, examiner ce qui la construit sont des thèmes récents, post conciliaires. Eh bien, il n’en est rien. Déjà Saint Jean Chrysostome, un père de l’église du IV siècle, évêque de Constantinople, a abondamment encouragé les fidèles dont il avait la charge, à vivre une vie beaucoup plus chrétienne, là où ils étaient, aux milieu de leur famille, dans leurs occupations quotidiennes.

Il invite ses ouailles à observer lucidement quels sont leurs centres d’intérêt et constate non sans humour :

Si un musicien, un danseur, ou un autre de ceux du théâtre invite la cité, tous y courent avec zèle. En revanche, lorsque Dieu s’entretient avec nous par l’intermédiaire des apôtres, nous bâillons, nous nous grattons, nous avons des vertiges…

Et plus loin, sans illusion, il déclare :

Mais en réalité, nous réservons tout notre temps à des radotages, et à des bavardages sans utilité. Nous nous réunissons en pure perte et nous avons assigné des lieux à cet effet ; en revanche, quand nous écoutons, une ou deux fois par semaine, les saintes doctrines, nous voici rassasiés jusqu’à la nausée.

Mais pourquoi écouter avec autant d’attention les enseignements donnés à l’église, mais pour les retransmettre bien sur, pour être de véritables évangélisateurs formés et efficaces et c’est ainsi qu’il commente :

Alors, tous ces enseignements, retenons-les, et une fois retirés chez nous, offrons une double table, celle de la nourriture et celle de l’écoute ; que l’homme dise ce qui a été dit, que la femme l’apprenne, que les enfants l’écoutent, que même les serviteurs ne soient pas privés de cette écoute. Fais de ta maison une église, car tu dois rendre compte aussi bien du salut de tes enfants que de celui de tes serviteurs.

Saint Jean Chrysostome avait cette idée d’église domestique très à cœur. Il en parle souvent et donne entre autre l’exemple de Priscille et Aquilas dont parlent les Actes des apôtres et les lettres de Saint Paul:

Ces gens avaient un si bon renom qu’ils avaient même fait de leur maison une église, pour avoir fait de tous ses habitants des croyants et pour l’avoir ouverte à tous les étrangers. Car Saint Paul n’a pas l’habitude d’appeler à la légère des maisons « église », s’il ne se trouvait enraciné en elles beaucoup de pitié et beaucoup de crainte de Dieu.

On comprend que ces idées novatrices du IVème siècle aient été reprises par le concile Vatican II

05/04/2012

Lire la Bible à la lumière de la Tradition

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du jeudi 5 avril sur rcf jérico :

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C’était un des grands enjeux de Vatican II, redonner le goût de lire la Bible, car elle est véritablement la Parole de Dieu, mais la lire à la lumière de la tradition de toute l’Eglise depuis ses débuts.

Curieusement, cette idée n’est pas nouvelle. C’est au Vème siècle, dans l’Eglise grecque de Palestine, alors qu’apparaît une forme nouvelle de lecture de l’écriture, qu’il est d’usage d’assembler autour d’un verset biblique une collection de citations d’homélies de pères de l’Eglise et d’exégèses d’autres auteurs pour en donner le sens. Ces citations suivent l’ordre du livre biblique, pas à pas au fil des versets. Elles forment ce que l’on appelle une chaîne.

Je vous livre la traduction du prologue de la chaîne sur Isaïe qui n’a vraiment rien perdu de sa pertinence.

Lorsque j’ai eu dans les mains le livre de la prophétie du divin Isaïe…je n’ai pas réussi à parvenir à l’intelligence de ce qui était écrit, voilà pourquoi j’ai eu recours à ceux qui ont interprété, c'est-à-dire commenté, ce livre ; j’ai trouvé la solution des points à élucider, de toutes les manières possible et j’ai jugé indispensable de l’indiquer en marge de mon livre, afin que les lecteurs aient un éclaircissement tout à fait évident des difficultés.

L’auteur note bien, j’ai trouvé la solution des points à élucider de toutes les manières possible. En effet, les commentaires pouvaient être très différents entre eux, la Parole étant tellement riche qu’elle ne se limite pas à un seul sens.

A partie du IXème siècle, ces bibles annotées ont donné lieu à de superbes manuscrits parfois enluminés où le texte biblique, au centre, était entouré de tous ses commentaires, dans des typographies variées. La présentation très différente de chaque page permettait en outre une mémorisation plus facile.

Je suis vraiment surprise, alors qu’il serait aujourd’hui si simple de le réaliser techniquement, qu’il n’existe pas de Bibles électroniques annotées où, à partir de chaque verset, nous pourrions avoir accès aux commentaires patristiques ou exégétiques. Des publications savantes existent et c’est une bonne chose, mais pour le lecteur simplement amoureux de l’écriture, une publication truffée d’extraits pertinents pourrait rendre la lecture beaucoup plus intelligible.

Et tout ceci serait conforme aux recommandations du concile Vatican II dont nous fêtons cette année le cinquantenaire de l’ouverture. En effet, la constitution Dei Verbum recommande de lire l’Ecriture Sainte à la lumière de la Tradition, celle qui traverse les siècles depuis les premiers Pères de l’Eglise jusqu’aux enseignements plus récents des exégètes actuels. Comme sur bien d’autres points, c’est la mise en pratique d’un concile qui est longue et difficile !

01/03/2012

Trop de débat tue le débat

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Image "des Hauts et débats"

Nous sommes en pleine campagne présidentielle et nous assistons à une avalanche de débats politiques. Les dérapages sont nombreux et consternants. Tel homme politique n’arrive pas à placer un mot face à son interlocuteur qui ne lui concède pas une seconde. Tel autre s’emporte et se laisse aller à l’insulte. Tel journaliste coupe systématiquement la parole à son invité qui ne peut développer aucune idée.

 Quelle désagréable impression ! Existe-t-il encore un minimum de comportement civique ?

Tout ceci s’explique parce que chaque débat est présenté comme un spectacle. Il faut exacerber les réactions vives, il faut des idées simplifiées et caricaturalement opposées, il faut du sensationnel et ceci au détriment d’une vraie réflexion.  

Un débat d’idée est-il encore possible ? Comprend-on encore la chose politique ? Hors, toute décision de société est un fait politique, on n’échappe pas au politique dès lors que l’on vit ensemble. Bien conscient de cela,  Jean Paul II a constamment invité les chrétiens à s’engager en politique. Benoit XVI, dans Deus est Caritas a rappelé qu’une société juste ne peut être l’œuvre de l’Eglise, mais doit être réalisée par le politique. Et c’est pourquoi la politique ne peut être vécue que comme un service.  « Le domaine de la politique... est le champ de la plus vaste charité, la charité politique », disait déjà Pie XI en 1927

 Ceci étant, il n’y pas une façon unique de penser la concrétisation des idées chrétiennes. Aucun parti n’a le monopole de l’électorat chrétien. Et même entre chrétien, il y a divergence d’opinion dans la réalisation pratique. Vatican II dans Gaudium et Spes réflechissait sur l'orientation à donner à un vrai débat entre chrétiens :

« Que toujours, dans un dialogue sincère, ils cherchent à s'éclairer mutuellement, qu'ils gardent entre eux la charité et qu'ils aient avant tout le souci du bien commun. » (43,3)

Réfléchir ensemble, écouter des raisonnements différents, essayer d’y voir clair en vérité, voilà les attitudes que l’on attendrait de nos hommes politiques. Malheureusement, dans les conditions actuelles, il est de plus en plus difficile, pour un chrétien, de s’insérer dans le débat politique.  

Et pourtant, plus que jamais, les questions cruciales restent en suspend. Quand allons-nous nous attaquer aux vrais problèmes, ceux du commerce extérieur en chute libre, de la dette, abyssale ? Les vraies questions auxquelles nous sommes déjà confrontés, doivent trouver des solutions rapides. Notre avenir en dépend.

Nous avons envie de dire aux politiques, intéressez-vous à nos existences, sortez-nous des impasses dans lesquelles vous nous avez mis. Permettez-nous d’avoir une vie plus digne, vraiment humaine, créative.