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02/10/2013

Laissons nos enfants tranquilles !

 

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La rentrée est passée et toutes les activités de nos chères têtes blondes commencent à s’organiser. Je suis effarée de voir à quel point les enfants sont occupés. Ils ont de véritables emplois du temps de ministres.

Il y a d’abord l’école. Avec la réforme des rythmes scolaires, il faut noter que l’école les occupe davantage. Quels sont les parents qui peuvent se permettre de rechercher leurs enfants tous les jours à 15h30 ? Ils ne sont qu’une minorité. Dans le meilleur des cas, les autres pourront faire cet effort, une fois seulement par semaine, pour un cours bien particulier. Les enfants voient donc leur temps de présence à l’école augmenter. Et ce temps supplémentaire est bien souvent rempli avec des activités sans grand intérêt, constamment survolées.

Comme toujours, on a voulu aller trop vite, pour une réforme mal préparée. Il n’est pas possible, à la fois de libérer les enfants plus tôt pour d’autres activités et en même temps de les garder à l’école jusqu’à la même heure. Et il n’est pas certain qu’il soit soit judicieux d’organiser au même endroit les apprentissages et les jeux.

Mais revenons aux emplois du temps de nos enfants. Parce qu’en plus de l’école, Il y aussi les innombrables activités extra scolaires. On les inscrits dès 7 ans à un cours d’américain, pour préparer une classe internationale. On leur fait faire divers sports pour qu’ils s’aèrent, on leur donne des cours particuliers supplémentaires pour qu’ils soient brillants. Et il faut voir certains parents vous raconter tout cela avec délectation et importance. Mais à qui fait-on plaisir ? Aux enfants ou à l’image que les parents veulent avoir de leurs enfants ?

Alors, je me souviens de mon enfance et de ces innombrables heures passées à contempler une lumière, un brin d’herbe, à regarder avec émerveillement la farine, le beurre et le sucre se mélanger pour faire un gâteau, et aussi, il faut bien le dire, un petit peu à s’ennuyer. Et dans cet ennui, dans le silence de la pièce, tout à coup je me souviens d’avoir fait l’expérience d’une présence qui illumine et donne une densité à ce temps vraiment vécu.

Et si il n’y avait rien de plus formateur pour nos enfants, pour qu’ils puissent devenir pleinement des chrétiens adultes que de leur laisser le temps, le temps de vivre à leur rythme, le temps de rêver, de contempler, et aussi le temps de s’ennuyer, pour se trouver, dans le calme et la joie, sous le regard de Dieu. Sans cette expérience de l’enfance, nous privons très certainement les adultes de demain d’une profondeur, d’une épaisseur humaine irremplaçable. 

04/09/2013

Le troisième cerveau

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du mercredi 4 septembre sur rcf jérico :

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Des chercheurs italiens ont fait la découverte suivante : les mêmes zones du cerveau sont activées pour celui qui fait une action et celui qui l’observe. Ainsi, des électrodes sont placées sur la tête de deux personnes. L’une prend un verre de vin et commence à le déguster, certaines zones de son cerveau vont réagir. Et bien, ce sont exactement les mêmes zones qui réagissent pour la deuxième personne qui elle, se contente d’observer. Les chercheurs ont ainsi découvert un autre type de cellule, les cellules mimétiques ou neurones miroirs.

S’appuyant sur la thèse du désir mimétique de René Girard que les observations sur les neurones miroirs sont venues valider d’une façon incontestable, le neuro psychiatre Jean-Michel Oughourlian développe la thèse du désir mimétique pour la sphère psychologique et psychiatrique dans un livre parut en 2013, Notre troisième cerveau, la nouvelle révolution psychologique.

En somme, notre désir serait sans cesse calqué sur celui de nos proches et nous sommes constamment en train de les imiter. Le mimétisme est à la base de toutes nos acquisitions, petits, nous imitons nos parents, nos enseignants, ce qu’il n’est pas inutile de remarquer dans ce temps de rentrée, mais nous imitons aussi nos amis et jusqu’à nos rivaux, et c’est là que cela se complique. Si le mimétisme, sous son aspect vertueux ajoute aux acquisitions, la sympathie, l’empathie avec les autres ; dans son aspect peccamineux, le désir mimétique entretient les rivalités, les conflits. Il n’est qu’à observer un groupe d’enfant où chacun veut le même jouet.

Si donc, comme les expériences tendent à le prouver, le désir s’avère toujours copié sur celui d’un autre, alors, qu’en est-il de notre moi réel. Jean-Michel Oughourlian écrit : « Ce n'est pas moi qui désire, c'est mon désir qui crée ce que j'appelle " moi " » et cela est très difficile à admettre. Nous sommes partagés entre le fait d’admirer, d’aimer celui que nous imitons et le fait de lui en vouloir, voir de le haïr parce que son désir est antérieur au nôtre. Ce qui explique bien des querelles fratricides ou nous avons à la fois besoin d’avoir des modèles que nous rejetons comme s’ils mettaient en péril notre propre personnalité. L’histoire d’Abel et de Caïn en est une bonne illustration.

C’est d’abord l’altérité qui nous constitue, de là à penser que l’inconscient est constitué du désir des autres, il n’y qu’un pas. Comprendre le fonctionnement de notre troisième cerveau est capital pour mettre un terme à la violence de nos rapports avec les autres ; c’est là la source de la sagesse. Voilà ce qu’en dit notre auteur : « La sagesse, c’est ce long processus par lequel chacun de nous peut progressivement reconnaître les mécanismes mimétiques dont il est le jouet, surmonter les rivalités mimétiques dont il est prisonnier, écarter même les obstacles mimétiques qui le scandalisent et le sidèrent, pour se diriger vers une situation d’apaisement, d’harmonie et de paix à l’intérieur de lui-même et entre lui et les autres. »

Cette théorie est maintenant reprise par d’autres auteurs du point de vue théologique et j’espère bien vous en parler dans une autre chronique...

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05/06/2013

La démesure

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du mercredi 5 juin sur rcf jérico :

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Notre société court toujours plus vite vers toutes les formes de démesure. Il lui faut toujours du plus grand, du plus rentable, du plus extraordinaire, dans un magnifique mouvement de surpuissance, abolissant toutes les limites.

L’économie capitaliste sur laquelle notre société repose s’est laissée corrompre par la démesure. Les profits ne sont jamais assez conséquents et les plus riches, toujours plus riches, en veulent encore davantage, au mépris de la dignité du travail de l’homme. Alors, on ferme des usines, on délocalise.

Et tout nous pousse à aller toujours plus loin et plus vite, à habiter toujours plus isolés et éloignés de nos régions d’origines, de nos familles et nos amitiés. Tout nous pousse à consommer toujours plus de choses qui durent moins longtemps.

Alors, on invente d’autres moyens de transport, toujours plus rapides. Alors, on invente d’autres besoins, toujours plus subtils. Qu’y a-t-il derrière cela, repousser les limites de la jeunesse, de la vie même ? Se croire tout-puissant ?

La démesure se dit en grec "hybris. C’est un sentiment violent inspiré par les passions, et plus particulièrement par l’orgueil. C’est bien sûr à l’opposé de la modération ou de la tempérance. Pour les Grecs, le destin accorde à chacun une part selon son rang social. La démesure est le fait de vouloir plus que la part initialement attribuée. Dans la mythologie grecque, elle est considérée comme un crime, car elle tend à faire oublier aux hommes les limites de leur condition mortelle. L’hybris est le dépassement fautif des limites. Les grecs avaient bien compris les risques de la démesure.

Celle-ci est pourtant condamnée par le bon sens populaire, par la plupart des religions et des philosophies. Normalement l’éducation des enfants passe par l’apprentissage des limites et l’éducation à la sagesse passe par l’apprentissage de la tempérance, de la maîtrise des désirs. Hors la frugalité, la modération, la retenue sont des qualités qui n’ont plus vraiment cours.

Si même pour perdre quelques kilos et compenser une nourriture trop abondante, on ne trouve rien de mieux à vous proposer qu’un régime hyper protéiné (remplacer un trop par un hyper !), alors qu’il suffit de manger moins et bien équilibré, c’est que nous sommes déjà atteints par la démesure.

Revenons à un peu de bon sens, à des choses simples, auxquelles la tradition chrétienne a continuellement été attachée et qui peuvent toucher chacun. C’est ce qui s’est passé pour Erri de Luca, un poète italien, réfléchissant à la vie des moines et moniales, il dit :

" Je ne suis pas un homme de foi, mais celle des autres me donne du courage; ne parvenant pas à embrasser leurs certitudes, je crois pourtant à leurs vies, à ce peu auquel ils ont donné de la valeur en sachant s'en contenter."

(Erri de Luca, Rez-de-chaussée)

07/05/2013

Le soupçon

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du vendredi 3 mai sur rcf jérico :

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Chapiteaux de la cathédrale d'Autun, juillet 2011

Avec l’explosion de l’informatique, l’heure est à la transparence. Les réseaux sociaux exposent la vie privée de chacun. Les cookies cachés dépistent tous nos désirs pour affiner davantage les pièges tendus à notre consommation,  nous sommes fichés, analysés, décryptés en permanence. Et pourtant, le soupçon n’a jamais été aussi fort.

Et chaque nouveau scandale ne sert qu’à le renforcer. L’ex-ministre du budget nous a menti sur sa situation financière personnelle ? Nous soupçonnons que d’autres Cahuzac aient des comptes en Suisse avec le réseau de complicités au sommet de l’Etat que cela suppose.

Et l’opinion publique ne va pas se laisser tromper par la publication du patrimoine des ministres, elle fait le jeu des menteurs les plus habiles. Au mieux, cela donnera matière à des moqueries. Au pire, cela nourrira de nouveaux doutes, des rumeurs et bien sûr cela suscitera un cortège de convoitises et de jalousies.

La situation financière actuelle ? Elle ne fait qu’aggraver le soupçon. Depuis la crise des subprimes, comment faire encore confiance à des financiers qui, uniquement mus par l’appât du gain, prennent des risques inconsidérés, au mépris des institutions et du travail des hommes. Comment faire confiance aux experts en économie qui n’ont rien anticipé et comment faire confiance aux hommes politiques, impuissants à réguler des marchés devenus fous.

Des scandales dans l’industrie pharmaceutique et dans l’agro-alimentaire éclatent ? C’est sous couvert de profits toujours plus grands. Ils entachent une activité économique qui concerne directement notre vie et ne font qu’aggraver notre soupçon…

Hors, le soupçon ne fait que diviser, alors qu’il faudrait rassembler les énergies de chacun pour avancer. Le soupçon pousse à l’affrontement, alors qu’il est plus que jamais nécessaire de s’unir pour sortir des difficultés présentes.

Ce ne sont ni les effets d’annonce, ni une soi-disant  transparence qui  nous défendrons du soupçon. Non, seule une justice efficace, la même pour tous peut remédier à cette situation.

Alors, plus que jamais, nous pouvons prier avec l’intention du pape pour ce mois de mai que je vous cite :

"Pour que ceux qui administrent la justice œuvrent toujours avec intégrité et avec une conscience droite."


09/04/2013

La joie de Pâques

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du mardi 9 avril sur rcf jérico :

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Nous voilà en Temps Pascal. Christ est ressuscité ! C’est la joie qui habite nos cœurs, enfin, plus exactement qui devrait habiter nos cœurs pendant 50 jours jusqu’à la Pentecôte… parce que, c’est bien difficile d’être toujours joyeux. Vous avez déjà essayé ?

Mais, me dire-vous, nous venons à peine de sortir du carême, et c’est tant mieux, nous ne voulons plus entendre parler d’efforts à faire !

- Parce que la joie c’est un effort ? Oui, effectivement, être joyeux pendant 50 jours, c’est un effort, une ascèse pourrait-on dire.

Pensez donc, il faudrait par exemple arrêter de récriminer sur le temps qu’il fait. Évidemment, cela n’empêche pas de constater qu’il fait froid, qu’il pleut, mais pas avec cette véhémence dont nous avons l’habitude, avec cette tonalité plaintive ou ombrageuse qui colore d’habitude notre propos. Non, juste constater, sereinement, sans en être blessé, en paix.

- Bon, pour ce qui est du temps, nous allons faire un effort !

Mais comment ne pas s’indigner face à tous les désastres de notre société, la crise économique, le chômage, les scandales divers et variés ? Le problème est effectivement très délicat. Quelle est l’attitude juste d’un chrétien ?

Dans un premier temps, il convient de mieux s’informer. En effet, les informations que nous recevons sont souvent présentées, pour ne pas dire exploitées dans le seul but de nous prendre par les sentiments, d’avoir sur nous un impact émotionnel. Elles sont donc présentées en forçant le trait et ceci annule toute possibilité de réflexion nuancée. Hors la réalité est toujours complexe et toute situation mérite une analyse beaucoup plus profonde.

Voilà notre  premier devoir de chrétien. Nous devons avoir notre propre opinion. Cela nous évitera d’hurler avec les loups et surtout, cela nous permettra de voir l’espérance sous-jacente à bien des situations !

Car la joie chrétienne est toute entière teintée d’espérance, de confiance. Le Christ a vaincu la mort, c’est de la mort que surgit la vie. Il n’y pas de situations désespérées, la vie est toujours la forte.

Mais pour laisser passer la vie du Ressuscité, il nous faut être attentifs à nous même, attentifs à ne pas nous laisser aller au mouvement premier qui nous entraîne à voir d'entrée de jeu, comme tout le monde, le négatif des situations.

Alors oui, ceci est une vraie ascèse, un travail sans cesse renouvelé pour être disponible à la joie, à la paix. Tous mes vœux pour cette nouvelle période qui s’offre à nous…