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10/06/2013

Hildegarde de Bingen, l'indifférence aux autres, la lâcheté

Ordo Virtutum (suite)

Ce que Sainte Hildegarde pointe ici avec beaucoup de finesse, c’est la façon qu'à l'homme de se centrer uniquement sur lui-même en disant : “ Je ne fais ni bien, ni mal, je ne m’occupe pas des affaires des autres. Je m’occupe de mes affaires, chacun les siennes. Je ne vais pas faire plus d’effort que ce que l’on fait pour moi. D’ailleurs, Dieu est bien là pour tous, il n’a qu’à s’occuper de chacun.“

Hors cette façon de penser révèle une véritable dureté de cœur comme le souligne Hildegarde. On parlerait aujourd’hui plus volontiers d’un manque d’empathie. Elle révèle aussi une profonde erreur théologique. Nous sommes tous interdépendants. Non seulement les hommes entre eux, mais aussi les hommes au milieu de la création, plantes et minéraux. S’occuper des autres devient alors une nécessité vitale de l’homme, pierre précieuse de la création.

 

La deuxième image insiste sur la lâcheté qui habite facilement le cœur de l’homme. Il préfère en effet hurler avec les loups plutôt que de chercher et défendre la vérité. Il préfère rester dans une aimable médiocrité plutôt que de faire un effort pour se dépasser lui-même. Il préfère consentir à de petits mensonges et arrangements divers avec la vérité plutôt que de livrer la bataille contre le mal. Il faut croire que déjà au XIIème siècle, cette lâcheté était courante…

podcast

 

 

émission rcfjérico du 22 février 2013

05/06/2013

La démesure

Notes pour "regard chrétien sur le monde" du mercredi 5 juin sur rcf jérico :

grenouille boeuf.jpg

Notre société court toujours plus vite vers toutes les formes de démesure. Il lui faut toujours du plus grand, du plus rentable, du plus extraordinaire, dans un magnifique mouvement de surpuissance, abolissant toutes les limites.

L’économie capitaliste sur laquelle notre société repose s’est laissée corrompre par la démesure. Les profits ne sont jamais assez conséquents et les plus riches, toujours plus riches, en veulent encore davantage, au mépris de la dignité du travail de l’homme. Alors, on ferme des usines, on délocalise.

Et tout nous pousse à aller toujours plus loin et plus vite, à habiter toujours plus isolés et éloignés de nos régions d’origines, de nos familles et nos amitiés. Tout nous pousse à consommer toujours plus de choses qui durent moins longtemps.

Alors, on invente d’autres moyens de transport, toujours plus rapides. Alors, on invente d’autres besoins, toujours plus subtils. Qu’y a-t-il derrière cela, repousser les limites de la jeunesse, de la vie même ? Se croire tout-puissant ?

La démesure se dit en grec "hybris. C’est un sentiment violent inspiré par les passions, et plus particulièrement par l’orgueil. C’est bien sûr à l’opposé de la modération ou de la tempérance. Pour les Grecs, le destin accorde à chacun une part selon son rang social. La démesure est le fait de vouloir plus que la part initialement attribuée. Dans la mythologie grecque, elle est considérée comme un crime, car elle tend à faire oublier aux hommes les limites de leur condition mortelle. L’hybris est le dépassement fautif des limites. Les grecs avaient bien compris les risques de la démesure.

Celle-ci est pourtant condamnée par le bon sens populaire, par la plupart des religions et des philosophies. Normalement l’éducation des enfants passe par l’apprentissage des limites et l’éducation à la sagesse passe par l’apprentissage de la tempérance, de la maîtrise des désirs. Hors la frugalité, la modération, la retenue sont des qualités qui n’ont plus vraiment cours.

Si même pour perdre quelques kilos et compenser une nourriture trop abondante, on ne trouve rien de mieux à vous proposer qu’un régime hyper protéiné (remplacer un trop par un hyper !), alors qu’il suffit de manger moins et bien équilibré, c’est que nous sommes déjà atteints par la démesure.

Revenons à un peu de bon sens, à des choses simples, auxquelles la tradition chrétienne a continuellement été attachée et qui peuvent toucher chacun. C’est ce qui s’est passé pour Erri de Luca, un poète italien, réfléchissant à la vie des moines et moniales, il dit :

" Je ne suis pas un homme de foi, mais celle des autres me donne du courage; ne parvenant pas à embrasser leurs certitudes, je crois pourtant à leurs vies, à ce peu auquel ils ont donné de la valeur en sachant s'en contenter."

(Erri de Luca, Rez-de-chaussée)